Lacaune : l'enfant sauvage, le jambon et les sources chaudes
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En 1799, des habitants capturent dans les bois un enfant d'une dizaine d'années qui vit seul depuis des années. Ils l'amènent à Lacaune. Il s'échappe au bout d'une semaine — et devient l'un des cas les plus célèbres de l'histoire des sciences humaines.
Lacaune est la ville de la montagne : 2 464 habitants, un bourg posé à environ 800 mètres d'altitude, à 20 km et vingt-trois minutes du camping en remontant le Gijou. C'est là qu'on monte faire ses courses, et c'est aussi la seule visite du secteur qui tienne une journée entière.

L'enfant sauvage
C'est l'histoire la plus extraordinaire de ces montagnes, et presque personne ne la raconte sur place.
En 1797, dans les bois des Monts de Lacaune, on aperçoit un enfant d'environ neuf ou dix ans. Nu, seul, il vit là depuis on ne sait combien de temps. Il disparaît.
Deux ans plus tard, il est capturé et amené au village de Lacaune. Une veuve le recueille. Il s'échappe au bout d'une semaine et repart dans la forêt.
Le 6 ou 8 janvier 1800, trois chasseurs le débusquent à nouveau, cette fois côté Aveyron. Une semaine après, on le retrouve chez un teinturier nommé Vidal, à Saint-Sernin-sur-Rance.
En 1801, l'enfant est confié à Paris au docteur Jean Itard, qui lui donne un nom : Victor. Itard consacre cinq années à tenter de lui apprendre le langage et la vie en société, et publie ses observations en 1801 puis en 1806. Ce sont ces rapports qui font entrer Victor dans l'histoire : ils sont considérés comme l'un des actes de naissance de l'éducation spécialisée.
Victor meurt à Paris le 12 février 1828, d'une pneumonie. Il avait une quarantaine d'années.
Le jambon, et pourquoi il est protégé
Lacaune est une capitale de la charcuterie, et ce n'est pas une formule touristique : le jambon de Lacaune bénéficie d'une IGP — indication géographique protégée — depuis août 2015.
Une IGP n'est pas un label de qualité décerné à des recettes : c'est une protection juridique européenne. Elle veut dire qu'un jambon vendu sous ce nom doit avoir été produit ici, selon un cahier des charges déposé. Un jambon « façon Lacaune » fabriqué ailleurs n'a pas le droit de s'appeler ainsi.
L'altitude explique tout. À 800 mètres, l'air est sec et froid en hiver : on y a séché des viandes bien avant les chambres froides, et la ville en a fait une industrie. La confrérie des Maseliers — le nom occitan des charcutiers — perpétue la chose avec les cérémonies qui vont avec.
L'autre production locale est la brebis de Lacaune, la race laitière dont le lait part vers Roquefort. Les troupeaux qu'on croise sur la route du camping sont les mêmes.
Les sources chaudes
Lacaune est une ville thermale depuis 1854. On la trouve d'ailleurs souvent écrite Lacaune-les-Bains — sur les adresses postales comme dans les guides — et beaucoup de gens cherchent sous ce nom sans savoir qu'il s'agit du même endroit. La commune, elle, s'appelle simplement Lacaune.
L'établissement moderne, l'Espace des Sources Chaudes, a rouvert en 2005. On y trouve des bassins chauffés par géothermie — la même eau, exploitée depuis cent soixante-dix ans.
C'est la meilleure réponse à un jour de pluie dans les Monts de Lacaune, et c'est aussi ce qui explique qu'on trouve à Lacaune des équipements qu'un bourg de 2 400 habitants n'aurait pas autrement.
La fontaine des Pisseurs
Place du Griffoul, au centre du bourg, se dresse le monument le plus photographié du département — pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'architecture.
La fontaine des Pisseurs date de 1559 et elle est inscrite aux Monuments historiques depuis 1913. Un bassin de granit à douze côtés, une colonne centrale portant une vasque monolithe, trois conduits de fonte en forme de têtes de monstres — et, au sommet, quatre statuettes de bronze représentant des enfants qui urinent imperturbablement.
Ce n'est pas une farce de sculpteur. En occitan, c'est la Font dels Pissaires : elle illustre littéralement les vertus diurétiques des eaux de Lacaune, connues depuis l'Antiquité. La ville a fait de sa ressource son blason, sans y mettre les formes.
L'origine du droit d'y amener l'eau vaut aussi le détour. En 1399, les habitants de Lacaune fournissent 300 écus d'or pour contribuer à la libération de Jacques II de Bourbon. En remerciement, les consuls obtiennent le droit de conduire l'eau du Téron jusqu'à la place du Griffoul et d'y bâtir une fontaine à leurs frais. Cent soixante ans plus tard, elle sort de terre.
Le musée du Vieux Lacaune complète la visite du côté de l'histoire locale.
Ce qu'on fait en une journée
- Habitants
- 2 464la ville de la montagne
- Altitude du bourg
- 800 mjusqu'à 1 267 m sur la commune
- Ville thermale depuis
- 1854Espace des Sources Chaudes rouvert en 2005
- Depuis le camping
- 23 min20 km en remontant le Gijou
Le programme qui marche :
- Le matin, le marché et les charcutiers. C'est là qu'on achète le jambon, et c'est moins cher qu'en boutique de bord de route.
- La fontaine et le musée du Vieux Lacaune, pour comprendre où l'on est.
- Le déjeuner en ville — c'est le seul endroit du secteur avec un vrai choix de restaurants.
- L'après-midi aux Sources Chaudes, ou en randonnée si le temps s'y prête : c'est de Lacaune que partent les sentiers vers les points hauts, et la commune monte jusqu'à 1 267 mètres.
Y dormir, ou pas
Lacaune est le seul bourg du secteur qui ait un hôtel, et il a deux campings, dont un quatre étoiles. Nous le disons parce que c'est vrai et parce que c'est utile : si vous cherchez une piscine couverte en avril ou des commerces à pied, c'est là qu'il faut aller.
Nous sommes vingt-trois minutes plus bas, sur la même rivière, à 450 mètres d'altitude au lieu de 800 — ce qui fait une vraie différence au printemps et en septembre. Le détail complet de ce qui existe dans chaque village est sur notre page où dormir dans la vallée du Gijou.
Dormir au bord du Gijou Le camping est à Lacaze, vingt kilomètres en aval de Lacaune. Voir les disponibilités · Où dormir dans la vallée · La pêche en rivière
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Mille deux cent cinquante-neuf mètres, une statue de la Vierge posée là en 1882, et par temps clair les Pyrénées à l'horizon. C'est la grande randonnée du secteur — et il faut la prendre au sérieux.